Futur du tourisme

Espagne : troisième pays le plus dépendant des OTA au monde

Publié le 4 min de lecture

Façade d'un petit hôtel méditerranéen au coucher du soleil avec des fils bleus translucides s'échappant des fenêtres vers le ciel.

Trois réservations sur quatre d'un hôtel indépendant espagnol arrivent par une OTA. Ce n'est pas une impression du secteur : c'est le chiffre du rapport annuel de Cloudbeds, construit sur 90 millions de réservations dans 180 pays. L'Espagne, avec 76,7 % de dépendance, est le troisième pays au monde où l'intermédiation pèse le plus, derrière le Portugal (79,7 %) et l'Indonésie (77,9 %). La moyenne mondiale est à 63,4 % — et elle monte : elle était de 61 % en 2024.

Cloudbeds vend des logiciels hôteliers, il faut donc lire ses rapports en le sachant. Mais l'échantillon est énorme, la série est cohérente d'année en année, et aucune autre étude publique n'offre ce niveau de détail par pays.

Ce que coûte cette dépendance

La commission typique d'une OTA se situe entre 15 % et 25 % du prix de la réservation. En euros : pour un hôtel type de 40 chambres à 120 euros de tarif moyen, le spécialiste de la distribution Kerwyn Arias estime entre 50 000 et 100 000 euros par an de commissions (2026). C'est le salaire d'une ou deux personnes, chaque année, payé pour des clients qui, souvent, connaissaient déjà l'hôtel.

Et la facture croît plus vite que l'activité : le coût d'acquisition hôtelier a augmenté de 25 % entre 2019 et 2025, contre une croissance du RevPAR de 19 % sur la même période (Cloudbeds, 2026). Acquérir un client renchérit plus vite que ne croît le revenu par chambre.

Le deuxième problème : les annulations

Il existe un coût moins visible que la commission. Au niveau mondial, les réservations arrivées par OTA s'annulent deux fois plus que les directes : 21,9 % contre 10,6 % (Cloudbeds, 2025). Et ici l'Espagne n'est pas troisième : elle est première. Avec 26,6 % d'annulations sur les réservations OTA, elle mène le classement mondial, devant le Brésil (25,6 %) et le Royaume-Uni (18,3 %).

Une nuance donne un peu d'air : le délai moyen d'annulation s'allonge — de 34,6 jours en 2023 à près de 39 en 2025 — ce qui laisse plus de marge pour revendre la chambre. Mais le motif de fond est clair : la réservation intermédiée est plus fragile que la directe.

La bonne nouvelle cachée dans les données

Tout ne joue pas contre vous. L'« effet vitrine » fonctionne toujours : 18 % de ceux qui commencent leur recherche sur une OTA finissent par réserver directement auprès de l'hôtel, un chiffre en hausse de 3,3 points sur un an (Changing Traveller Report 2026, mené par SiteMinder avec Kantar auprès d'environ 12 000 voyageurs — un autre fournisseur, avec méthodologie publiée). Et quand on lui donne clairement l'option, 62 % des voyageurs préfèrent réserver en direct (Simon-Kucher, 2026, enquête auprès de plus de 10 000 voyageurs dans 10 marchés).

Autrement dit : la demande de canal direct existe. Ce qui échoue le plus souvent, c'est l'offre — un site lent, un moteur de réservation à frictions, aucun avantage tangible à réserver sans intermédiaire.

Ce qu'un hôtel peut faire (sans déclarer la guerre à Booking)

Après quinze ans à travailler la distribution de voyages chez un tour-opérateur, entre canaux B2B et B2C, ma lecture est que l'objectif réaliste n'est pas d'éliminer l'OTA, mais de déplacer le mix de quelques points. Chaque point qui passe de l'intermédié au direct est de la marge récupérée et, surtout, un client dont les données vous appartiennent. Par où commencer :

  1. Des avantages exclusifs et visibles sur le canal direct. Si réserver sur votre site n'offre rien de mieux — flexibilité, service, une attention —, l'utilisateur finira là où il a commencé sa recherche.
  2. Un site à la hauteur de l'OTA. Rapide, avec des prix et conditions clairs, et un parcours de réservation sans étapes inutiles. Les 18 % venus de la vitrine OTA se perdent si le site déçoit.
  3. Capter les données du client même quand la réservation arrive intermédiée, puis les travailler par email et offres de fidélisation : le deuxième séjour, lui, peut être direct.
  4. Se préparer au prochain plateau de jeu. Les assistants d'IA recommandent déjà des hôtels en s'appuyant surtout sur les OTA et les avis ; le site qui expose des données claires et vérifiables se défend mieux aussi sur ce terrain.

La question de fond

Une dépendance de 76,7 % ne s'est pas construite en un an et ne s'inversera pas en un an. Mais les données 2025-2026 dessinent un moment particulier : les commissions montent, les annulations intermédiées battent des records, et en même temps la majorité des voyageurs déclare qu'elle préférerait réserver en direct si on le lui facilitait. Rarement le problème et l'opportunité auront été aussi bien documentés en même temps.

Questions fréquentes

Quelle part des réservations hôtelières passe par les OTA en Espagne ?

Dans les hôtels indépendants, 76,7 % des réservations arrivent via OTA, selon le rapport Cloudbeds construit sur 90 millions de réservations dans 180 pays (données 2025). C'est la troisième part la plus élevée au monde, derrière le Portugal (79,7 %) et l'Indonésie (77,9 %). La moyenne mondiale est de 63,4 %.

Combien coûte à un hôtel la dépendance aux OTA ?

Les commissions habituelles vont de 15 % à 25 % du prix de la réservation. Pour un hôtel type de 40 chambres avec un tarif moyen de 120 euros, le spécialiste Kerwyn Arias estime entre 50 000 et 100 000 euros par an de commissions (2026). S'y ajoute un coût d'acquisition du secteur en hausse de 25 % entre 2019 et 2025, plus vite que le RevPAR (+19 %).

Annule-t-on plus sur les OTA que sur le canal direct ?

Oui, environ le double : 21,9 % d'annulations sur les réservations OTA contre 10,6 % en direct au niveau mondial (Cloudbeds, 2025). L'Espagne est en outre le pays au taux d'annulation via OTA le plus élevé du monde, avec 26,6 %.

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